Revue africaine de didactique des sciences et des mathématiques
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Numéro 2 (2007) > Points de vue

Article

Pédagogie de l’enseignement des techniques d’expression et de communication aux étudiants scientifiques


Khadija RAHMOUNE, Laboratoire Interdisciplinaire de Recherches : Apprentissage, Didactique, Evaluation & Technologies de l'Information pour l'Education (LIRADE-TIE) ; Université Hassan II –Mohammedia ; Faculté des Sciences Ben M'Sik, ram11200@gmail.com
Omar Tanane, Laboratoire Interdisciplinaire de Recherches : Apprentissage, Didactique, Evaluation & Technologies de l'Information pour l'Education (LIRADE-TIE) ; Université Hassan II –Mohammedia ; Faculté des Sciences Ben M'Sik
Mouna ABOUFIRASS, Laboratoire Interdisciplinaire de Recherches : Apprentissage, Didactique, Evaluation & Technologies de l'Information pour l'Education (LIRADE-TIE) ; Université Hassan II –Mohammedia ; Faculté des Sciences Ben M'Sik
Mohamed RADID, Laboratoire Interdisciplinaire de Recherches : Apprentissage, Didactique, Evaluation & Technologies de l'Information pour l'Education (LIRADE-TIE) ; Université Hassan II –Mohammedia ; Faculté des Sciences Ben M'Sik 
Mohamed Talbi, Laboratoire Interdisciplinaire de Recherches : Apprentissage, Didactique, Evaluation & Technologies de l'Information pour l'Education (LIRADE-TIE) ; Université Hassan –II Mohammedia ; Faculté des Sciences Ben M'Sik, maarifcentre@yahoo.fr

Date de publication : 30 mars 2007

Résumé

Le langage se trouve au cœur de toute activité scolaire, que ce soit dans les options scientifiques ou littéraires. En plus de ses fonctions de véhicule des connaissances, il sert d’instance de régulation des rapports de l’élève au savoir, de l’élève aux autres élèves et de l’élève au maître. En matière d’enseignement supérieur le changement de la langue d’apprentissage dans les options scientifiques pour les étudiants marocains constitue une entrave à leur vie universitaire, tant sur le plan de la réception des contenus que sur celui de leur reproduction. Afin de faire face à ce problème, les responsables universitaires ont entamé plusieurs actions. Ce travail présente un bref aperçu de l’une parmi d’autres : la formation en techniques d’expression et de communication.

Abstract

The language is in the middle of any school activity, whether it is in the scientific options or literatures. Of more than its functions of vehicle of knowledge, it uses regulation instance of the student situation to knowledge, the student’s to the others students, and to the master. Regarding higher education the change of the apprenticeship language in the scientific options for the Moroccan students constitutes an impedes to their university life. Out of school subjects higher, the change of the language of training in the scientific options for the Moroccan students constitutes an obstacle with their university life, as well in the field of the reception of the contents as on that of their reproduction. In order to face this problem, the university persons in charge start several actions. This work presents a brief one become aware of the among of others: The formation in expression of techniques of expression and communication.


Table des matières

Texte intégral

 Dans le cadre de la mise à niveau de ses diverses structures socio-économiques pour affronter le processus de mondialisation, le Maroc a mis au devant de la scène la réforme de l’institution scolaire.

L’introduction d’une réforme touchant tous les cycles reflète clairement cette volonté dans la mesure où la dite réforme tente actuellement d’améliorer la qualité de l’enseignement dispensé aux étudiants.

Appliquée au sein de l’université marocaine et plus particulièrement dans les facultés scientifiques, cette réforme a des maints apports qui sont étroitement liés aux méthodes d’enseignement apprentissage, aux stratégies d’évaluation mais aussi à l’introduction des modules pouvant assurer le développement des compétences communicatives et langagières des étudiants universitaires scientifiques.

Ces changements, nouvellement introduits dans notre système éducatif marocain, visent l’ouverture sur la modernité et le monde extérieur, tout en préservant l’identité et l’authenticité marocaine.

Dans cette nouvelle perspective, la réforme universitaire a concentré ses efforts et son attention sur l’apprenant, d’où l’introduction d’un module langues et communication dont le but est de minimiser les conséquences négatives de l’arabisation des matières scientifiques des cycles primaire et secondaire, et la non arabisation du supérieur où la langue d’enseignement des matières scientifiques reste essentiellement la langue française.

Le cursus des étudiants est caractérisé par des cycles primaire et secondaire où l’arabe est exclusivement la langue d’enseignement, à leur arrivée à la faculté, ils vont faire face à un profond changement, la langue d’enseignement devient la langue française, et ceci continuera jusqu’a leur sortie de l’université et même pendant la pratique d’une activité professionnelle pour certains d’entre eux.A coté de ce changement, le passage de la vie scolaire à la vie universitaire qui est caractérisé par plus d’autonomie, de gestion du soi, de prise de responsabilité dans le choix et le suivi de la formation, pose quelques problèmes d’adaptation et d’intégration dans la formation universitaire d’une manière générale, selon Sefrioui (2004) « les problèmes qui se dégagent de cette situation se traduisent par la mauvaise compréhension- réception des connaissance transmises et engendrent des imperfections linguistiques, des approximations cognitives et des changements dans la réaction ou le rapport des étudiants aux savoir à acquérir », ce qui affecte le rendement et la qualité de la formation.

Il est tout à fait connu, que la qualité de la formation est tributaire du développement des habilités langagières des apprenants, c’est l’utilisation adéquate de la langue tant en oral qu’à l’écrit qui permet à l’étudiant d’exprimer clairement, et d’une manière précise ses idées et les organiser en un ensemble cohérent dans le but de transmettre un message clair et sans ambiguïté (Benlazmia, 1994).

Dans les institutions universitaires à caractère scientifique, la maîtrise des compétences dans le domaine de la langue constitue une problématique, longtemps débattue entre les différents partis : politiques, économiques et universitaires.

Plusieurs démarches ont été mises en marche afin de développer la compétence de communication ; parmi elles l’adoption de l’approche fonctionnelle dans l’enseignement /apprentissage de la langue française, l’augmentation des horaires de la langue française dans les cycles primaire et secondaire, et l’introduction d’une matière à part : la traduction et la terminologie au secondaire (Chami,  1987).

Mais, en observant la réalité, Ces démarches n’ont pas eu les effets attendus, puisque les compétences linguistiques et langagières de la majorité des bacheliers marocains restent encore limitées et ne permettent ni l’épanouissement social ni professionnel des apprenants.

En revanche, cela n’a pas empêché d’introduire d’autres méthodes de fonctionnement.

La formation en techniques d’expression et de communication en langue française s’inscrit dans une politique d’action- recherche (Aoudry, 2004), c’est-à-dire que les enseignants doivent toujours réadapter les outils pédagogiques par rapport aux besoins du public apprenant et construire de nouveaux matériaux suivant des objectifs répondant aux besoins d’apprenants ou auprès des enseignants de spécialité.

Il a également pour objectif de fournir à l’apprenant des outils linguistiques et méthodologiques (prise de note en cours, prise de parole en public, lecture des documents scientifiques, sensibilisation à des méthodes de pensée, d’organisation et de gestion personnelle favorisant l’auto apprentissage et l’auto évaluation, rédaction de rapports de stage et de mémoire de fin d’étude…) lui permettant d’acquérir des compétences afin de mieux suivre les cours de spécialité.

Donc, les objectifs de la formation en techniques d’expression et de communication prendront en général deux aspects :

  • celui de la langue visant l’amélioration du niveau linguistique de l’apprenant en langue française, langue d’enseignement de matières scientifiques selon leurs besoins spécifiques,

  • et celui de la communication visant l’acquisition des méthodologies essentielles à la structuration de la pensée et la compétence à communiquer d’une manière appropriée.

La réalisation de ces deux aspects des objectifs, est indispensable puisque la communication du savoir scientifique nécessite en premier lieu une qualité syntaxique et une richesse lexicale dans la langue de transmission (Lamrany-alaoui, 1998).

La réussite de ces deux aspects des objectifs est conditionné par une prise de conscience de l’apprenant de l’importance de la langue véhiculant le savoir, par une maîtrise des habilités nécessaires au développement des mécanismes cognitifs, apprendre a traiter l’information en évitant la mémorisation mécanique.

 Pour approcher ce nouveau module, nous avons choisi d’établir un questionnaire destiné aux étudiants scientifiques dont le but de regrouper leurs attitudes, leurs motivations, et leurs besoins, et d’apporter un éclairage sur les capacités langagières et communicationnelles en langue française des étudiants universitaires (Javeau, 1990).

Ainsi notre population a été constituée de 55 étudiants du 1er cycle universitaire qui suivent une formation scientifique. Nous avons insisté sur les capacités langagières et communicationnelles en langue française du sujet enquêté, Afin de montrer la dimension réelle de ce problème. Ainsi que sur l’utilité de la formation en techniques d’expression et de communication qui se présente comme l’une des éventuelles solutions.

Tableau 1. Résultats relatifs à la compréhension des explications orales des professeurs

Compréhension orale

Nb. Cit.

Fréquence

Excellente

6

10,9  %

Bonne

11

20,0  %

Moyenne

35

63,6  %

Insuffisante

3

5,5  %

Total Obs.

55

100  %

Le tableau 1  montre que 63,60 % des étudiants déclarent que leur capacité à comprendre les explications orales des professeurs est moyenne, alors que seulement 10,90 % des étudiants déclarent que leur capacité est excellente.

Ces observations peuvent être la conséquence de plusieurs paramètres :

  • la nature du concept étudié en classe qui fait que sa compréhension est plus au moins difficile ;

  • l’étudiant n’est pas encore familiarisé avec la langue française comme langue d’enseignement des matières scientifiques. Puisqu’il a fait de longue étude en langue arabe ;

  • le niveau moyen des étudiants en langue française qui entrave le bon suivi des explications de l’enseignant ;

  • la surcharge des programmes ;

  • le manque de concentration de l’étudiant lors du cours.

Tableau 2. Résultats relatifs à la capacité de prendre des notes

Prendre des notes

Nb. Cit.

Fréquence

Non réponse

2

3,6  %

Excellente

3

5,5  %

Bonne

13

23,6  %

Moyenne

30

54,5  %

Insuffisante

7

12,7  %

Total Obs.

55

100  %

Les résultats du tableau  2 indiquent que 54,50 % des étudiants trouvent que leurs capacités à prendre des notes durant une activité pédagogique est moyenne et que12,70 % des étudiants souffrent encore plus de ce problème, alors que seulement 5,50 % ont une capacité à prendre des notes excellentes.

Nous pouvons dire que les réponses à cette question sont concordantes avec les réponses à la question précédente sur le plan de la compréhension orale, indiquant une certaine défaillance en ce qui concerne le degré de maîtrise de la langue d’enseignement.

L’acquisition d’une méthodologie pour la prise des notes est essentielle vu la nature du cursus choisi, puisque l’étudiant scientifique sera amené à l’utiliser dans diverses situations d’apprentissage.

Pour les raisons précédentes, il serait très utile de penser à des séquences pédagogiques qui permettent d’améliorer les capacités de l’étudiant dans la méthodologie de prise des notes.

Tableau 3. Résultats relatifs à la capacité à communiquer en français

La communication

Nb. Cit.

Fréquence

Très satisfaisante

1

1,8 %

Satisfaisante

30

54,5 %

Mauvaise

21

38,2 %

Très mauvaise

3

5,5 %

Total Obs.

55

100 %

A la lecture du tableau 3, il apparaît que la majorité des sujets enquêtés ont une capacité de communication en langue française satisfaisante et que 38,20 % des étudiants trouvent que leur niveau est mauvais en ce qui concerne la prise de parole en public, alors que 5,50 % considèrent que leur capacité est très mauvaise. 

Nous pouvons dégager à partir de ces constats que la capacité d’organisation d’une communication orale et libre chez l’étudiant scientifique présente quelques difficultés puisque la majorité des étudiants éprouvent des problèmes au niveau de la maîtrise de la langue française. Cela peut être dû en partie à l’arabisation des matières scientifiques au niveau du primaire et du secondaire pour les étudiants qui ont suivi une formation dans les établissements publics, malgré l’importance des efforts qui étaient faits en ce qui concerne l’intégration de l’enseignement de la langue française dans nos établissements scolaires. 

D’autre part, les contraintes observées révèlent que les résultats obtenus ne concordent pas avec les objectifs visés par l’enseignement de la langue française au niveau du primaire et du secondaire, ce qui nécessite bien évidemment de réfléchir sur des nouvelles stratégies permettant ainsi la maîtrise de l’aspect oral et écrit de cette langue à la fin du cursus secondaire afin que l’étudiant ne soit pas surmené par ces problèmes lors de sa rentrée à l’université où l’utilisation de ce code devient une nécessité et une obligation pour le suivi normal de ses études. 

Bien entendu, l’arabisation n’est pas l’unique raison de ce drame linguistique, parce que certainement, il existe des bacheliers arabisés qui maîtrisent les deux aspects de cette langue, mais il existe d’autres facteurs qui contribuent soit d’une manière directe ou indirecte, ces facteurs peuvent être d’ordre économique, sociologique ou culturelle. Ce qui rend les solutions encore plus complexe que le phénomène lui-même.

Tableau 4. Résultats relatifs à l’apport de la formation en techniques d’expression

Fonction d’aide

Nb. Cit.

Fréquence

oui

1

69,1 %

non

30

30,9 %

Total Obs.

55

100 %

 On remarque d’après les choix effectués par les sujets enquêtés et d’après le tableau 4, que 69,10 % pensent que la formation en technique d’expression et de communication, leurs facilite le suivi des autres matières, alors que seulement 30,90 % des étudiants déclarent qu’elle ne les aide pas.

Donc d’après les résultats, les cours de langue et de communication présentent une fonction de soutien facilitant l’acquisition des connaissances scientifiques selon la spécialité choisie par l’étudiant.

L’acquisition du savoir scientifique passe inévitablement par une bonne maîtrise de la langue d’apprentissage. L’introduction du module langue et techniques d’expression et de communication vise à soutenir cet apprentissage, par l’acquisition des compétences langagières et communicatives.

Cette étude diagnostique nous a permis de relever certains problèmes et de repérer des dysfonctionnements liés : à la faible maîtrise de la langue d’apprentissage, à une mauvaise adaptation de l’étudiant au contexte universitaire et à ses faibles capacités quand à la prise de notes, à l’écoute active et à la structuration de sa pensée.

Une nouvelle relation pédagogique, doit être instaurée entre enseignant et étudiants, davantage centrée sur les besoins de l’apprenant, sur la tâche à effectuer et sur l’autonomisation et la conscientisation des apprentissages.



Bibliographie

AOUDRY, S. (2004) « L’enseignement du français dans le supérieur scientifique et technique : bilans et perspectives » LANGUE ET LITTERATURES « l’enseignement des langues étrangères à l’université marocaine : quel avenir ? », VOL.XVIII, 2004, pp 29-36. Publication de la faculté des lettres et des sciences humaines-RABAT. 

BENLAZMIA, A. (1994). « L’enseignement de la langue française dans le contexte de l’arabisation des disciplines scientifiques et la formation aux techniques d’expression et de communication dans l’enseignement supérieur marocain », Recherches Pédagogiques, revue de l’association marocaine des enseignants (AMEF).N°4,79-86. Faculté des Sciences de l’Education. Université Mohammed V Rabat.

CHAMI, M. (1987). «L’enseignement du français au Maroc : Diagnostic des difficultés et implications didactiques ». Imprimerie NAJAH EL JADIDA. Casablanca. 1ére édition.

JAVEAU, C. (1990). « L’enquête par questionnaire ».Edition de l’université de Bruxelles. Bruxelles. 

LAMRANY-ALAOUI, R. (1998) « Le scientifique, l’expression, et la communication », Recherches Pédagogiques, revue de l’association marocaine des enseignants de français (AMEF), N°7,15-22. Faculté des Sciences de l’Education. Université Mohammed V Rabat.

SEFRIOUI, R. (2004). « Pratiques d’enseignement/apprentissage au supérieur : approches globale des techniques d’expression et de communication et tutorat en contexte universitaire » Revue ATTADRISS. N°2/2004.

Pour citer cet article


Khadija RAHMOUNE, Omar Tanane, Mouna ABOUFIRASS, Mohamed RADID et Mohamed Talbi. «Pédagogie de l’enseignement des techniques d’expression et de communication aux étudiants scientifiques». RADISMA, Numéro 2 (2007), 30 mars 2007, http://www.radisma.info/document.php?id=501. ISSN 1990-3219




Agence universitaire de la Francophonie  

Revue électronique internationale publiée par l'ENS de Nouakchott en partenariat avec l'IUFM de l'Académie de Lyon, l'ENS de Rabat, la Faculté des Sciences et des Technologies de l'Education et de la Formation de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1990-3219